Publié par : Sarita | novembre 13, 2008

Autodafé personel

A lire en écoutant cette chanson qui tombe à pique: Deportivo -Parmi Vous-

Cela fait 8 mois que je suis dans mon projet de la Casa Maria de Nazareth.

8 mois de routine stricte

8 mois où les distractions sont rares et donc d’autant plus apréciées.

collage cumpleanos Luz

8 mois avec trois prières au quotidien, sans compter le rosario

8 mois d’imprégnation constante avec le catholicisme le plus conservateur

8 mois à côtoyer les termes tel que péché mortel, directeur de conscience, repentance, péché, aimer Dieu, adorer la Sainte vierge, bénir la Pape et ses conneries, regarder des films sur la vie de tous les Saints de la terre…

Dans l’ensemble, je le vis bien, surtout que la mère supérieur me laisse relativement libre de mes pensées (encore heureux dirait l’autre) et de mes discours avec les filles.

Mais parfois, ça coince tout de même très sévèrement.

Lundi, nous sommes en pleine réfection de la bibliothèque, un heureux bienfaiteur (que son chemin soit parsemé de mille bougainvilliers en fleur) ayant payé étagères, tables, ordinateurs…

C’est neuf, c’est beau, c’est lavé avec Mirlaine machineGris et Ofelia

Revenons à notre bibliothèque. L’état de bordel et de délabrement était tel que je ne sais pas si tu te rappelle toi internaute qui venait à plus de trois au temps glorieux de mon blog, j’avais mis une photo du gros tas de livres qui était censé être l’antre du savoir de la Casa.

Bref, on trie, on dépoussière, on classe, on jette, on s’étonne des trouvailles (un livre d’algèbre de 1954, ça vaut le détour) et on tombe… la dessus…

Un livre s’intitulant sobrement: « Le pouvoir homosexuel aux États-Unis ». Le premier réflexe de mon cerveau limité fatigué fut de l’envoyer dans le coin de philosophie et études sociales. Mais l’incongruité du titre suspend mon geste.

En effet, depuis mon arrivée, le terme homosexualité n’a jamais été prononcé, tout comme les termes sexualité, sexe…

Je me plonge dans ce petit bijou qui nous annonce dans un style plein de retenu et de modération du danger qui nous guette:

« Les homosexuels vont prendre le pouvoir et mener les Etats-Unis et le reste du monde à la perdition. Si nous ne mettons pas tout en œuvre pour contrer le pouvoir des homosexuels qui profitent de notre société avec leur argent et leurs vices, nos enfants ne pourront grandir entourés de nos valeurs fondamentales de famille, travail, Dieu »

Je vous cite tout cela de mémoire, mais en gros, l’auteur, digne serviteur de Dieu (que son chemin soit couvert de charbons ardents et de chou de Bruxelle), nous explique qu’il faudrait tout de même se réveiller et commencer à restreindre leurs droits pour ensuite les mettre dans des camps de rééducation.

On sent que l’auteur s’auto-censure et que cela lui démange le stylo de nous inciter à tous les massacrer et et qu’il regrette le bon temps où on pouvait bruler ces infâmes tarlouses, gouines et autres dégénérés avec joie et bonheur.

Alors que je me demande que faire de ce livre, LA bonne-sœur la plus odieuse de la Casa, celle que je déteste et qui me le rend fort bien, note mon geste d’hésitation. Elle me prend donc le livre des mains pour le poser religieusement sur l’étagère en me gratifiant d’un sourire et de cette affirmation:

« excellent livre pour la morale des filles, non? »

VIdler

Le petit manège n’a pas échappé aux filles qui me pressent de questions et s’emparent de l’objet du délit. J’explique alors que ce livre est une incitation à la discrimination et qu’il est contraire à la base même de l’idéologie chrétienne et à la tolérance.

Ça me démange, je ne supporte pas l’idée de laisser un tel pourriture de livre sur les étagères de la bibliothèque, comme si le poison de ce livre allait contaminer tous ses voisins.

Il me nargue sur son étagère, ce pamphlet immonde et répugnant, ce résumé d’imbécilité, de médiocrité, de haine de l’autre.

J’ai envie de le déchirer en millier de morceaux et d’éventer toutes ces pages au quatre vents de Tuxtla, mais je n’en ai ni le temps ni la possibilité. En effet ici le contrôles des sœurs ce fait jusque dans les poubelles. Elles vérifient ainsi que rien d’important n’a été jeté et que les filles font bien leurs corvées.

C’est alors que m’arrive aux narines une odeur de feu de bois… une partie des filles est en train d’alimenter un feu pour brûler toutes les branches des arbres récemment élagués.

Sans réfléchir plus que cela, j’attrape le livre à toute volée et je traverse en courant le terrain de jeu et arrivé près du brasier, je lance le livre au milieu des flammes sous le regard sidéré des gamines.

Le livre est mince et de mauvaise qualité, il a brulé vite et j’ai regardé cet autodafé solitaire sur fond de soleil couchant d’un rouge sanglant, d’une telle couleur que les hautes flammes se confondaient avec les nuages cramoisis.

Je n’avais jamais brûler de livres et même si celui-ci me répugnait, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir étrangement mal à l’aise. Quelques minutes plus tard, nous étions toutes réunies à la chapelle où le père venait d’arriver pour la messe. Durant le sermon, je revoyais les flammes imprimées au fond de ma rétine qui se confondait avec d’autres autodafés lointains autour d’une croix.

Une haine brulée par une autre haine, par tant de haines…

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Responses

  1. Je comprends que tu regrettes de l’avoir brûlé mais il faut bien dire que la « morale » de ce livre est tout simplement lamentable !

  2. merci Fressine 🙂
    c’est clair que ce livre est pitoyable, mais le pire c’est l’attitude de la connasse de nonne
    c’est a desespéré des catho parfois… pfff

    (sinon t’es vraiment une rapide toi…)

  3. Je n’étais pas là, évidemment, mais j’ai l’impression de me rappeler cette scène tellement je l’imagine avec plein de détails !!

    Tu as bien fait, si tu avais laissé ce livre sur l’étagère tu t’en serais longtemps voulu, j’en suis sûre !

  4. Quelqu’un à dit un jour (citation de mémoire):
    Je combattrais ses idées jusqu’à ma mort, mais je mourrais pour qu’on ne lui interdise pas de les exprimer…..
    C’est vrai que c’est dur de laisse dire et écrire certaines choses, mais je crois que c’est pire d’interdire leur expréssion.
    J’ai le souvenir d’une période de ma vie où, lors d’un stage, je me suis trouvé durant 2 mois à coté et en contact permanent avec un facho, c’est un des plus mauvais moment de ma vie, car il était impossible de discuter avec lui, et encore plus de lui faire entendre que son opinion n’était peut-être pas universelle. J’en étais arriver à me poser la question si la seule solution n’étais pas une grosse séance de tartothérapie, de peur qu’un jour il n’arrive à convaincre un de mes proches ou enfants. Et puis je me suis rendu compte que la violence étais justement son crédo et que lui rentrer dedans physiquement c’était justement lui donner raison.
    Oui, ce livre était de l’avis casi général une infamie, mais lebruler est justement faire ce qu’on reproche à d’autres d’avoir fait. C’est donc leur donner raison de dire qu’il faut une censure. Arrive alors le problème de qui fait la censure, qui a ce droit là. Et quelles idées ont le droit d’exister et d’étre émises, qui décide? de quel droit nous plutot que eux

    Assez de philosophie, et merci pour ton blog que me fait souvent rire et m’a ému quelques fois

  5. Moi j’en connais une autre de citation semblable :
    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais por que vous puissiez le dire. »

    En pensant à cela, tu as eu tort de le bruler. Pourtant c’est un bon geste, parce que si tout le monde a le droit d’avoir sa propre opinion, personne n’a le droit de l’imposer aux autres. La présence de pensées aussi extrêmes et dénuées d’ouverture et de générosité à la portée de personne encore trop jeunes et trop peu instruite s’apparente à ça puisqu’elles donnent un model à suivre qui ne prête pas à débat.

    C’est moche de bruler un livre, mais tu l’as pas fait que par haine. Dans d’autre cas, tu l’aurais ignorer ou au pire jeter à la poubelle. Là tu n’avais pas le choix. ^^

    Moi je dis, légitime défense !

  6. Sarita, ton histoire est émouvante. As-tu bien fait ou as-tu mal fait? Je ne te ferai pas la morale, tu as agi selon ton coeur.

    Mais, bon dieu (c’est le cas de le dire), qu’est-ce que tu fous auprès de ces cathos rétrogrades? Tu veux faire un boulot utile? Il existe tant d’ONG dans lesquelles tu te serais sentie mieux que parmi ces nonnes moyenâgeuses dont tu ne partages pas les valeurs.

    Heureusement pour toi, il y a les enfants. C’est sans doute pour eux que tu ne fuis pas!

  7. À mon avis, ce type de littérature devrait être conservée pour enseigner la tolérance. Un outil aussi destructeur et haineux ne peut qu’être pris au 10ième degré dans notre société actuelle et même si je suis contre l’idée de le faire lire à un enfant, il peut devenir un outil pédagogique constructif. L’homophobie n’a pas sa place, point à la ligne mais pour pouvoir la dénoncer, nous devons avoir une preuve de son existence…

    …j’aurais fait pareil… :o)

  8. @Amélie: ba oui en fait c’était vraiment ça le principe, le laisser sur l’étagère avec la bonne soeur considérant que c de la bonne morale !!

    @Viejo borrachon: je suis complètement d’accord avec toi… c’est pour ça que je ne glorifie en aucun cas mon geste… il a été une impulsion.
    A ma décharge, le fait de détruire cet exemplaire n’a pas crée de censure… Si ils ont le droit de s’exprimer, nous avons aussi le droit de ne pas accepter ce genre de livre face à des enfants si jeunes et si influençable.
    Enfin assez de philosophie… merci beaucoup 🙂

    @Carlito: tu rejoins viejo burrachon sur ce coup… et oui laisser tout le monde s’exprimer… même si cela nous coute 🙂

    Après il ne faut pas oublier non plus que la liberté d’expression à ces limites… AU Etats Unis la liberté est énorme, les partis Nazi ont le droit de s’exprimer publiquement, en france c’est interdit ne serait que pour incitation à la haine raciale ou négationnisme.
    Un livre comme cela en France serait tombé sous le coup d’injure discriminatoire..
    Au Etats-unis (et au mexique), absolument pas.

    Même la liberté d’expression est parfois relative aux cultures

    @JeanLUc : hoooooooo vaste débat, pourquoi je suis dans le projet avec ces nonnes réac… Et ba c’est une longue histoire, car venant dans le programme ICYE, je suis dans les projets avec qui ils sont en relations.
    Et malheureusement bcp de projet sont tenu par des religieux et honnêtement, j’ai pas trouvé tant d’ONG que ça qui font ce genre de boulot ou leurs critères pour accepter des volontaires sont tels que je ne pouvais pas y participer (trop jeune, pas assez d’experience etc…)

    Et sinon oui, c’est les filles qui me font tenir :p

    @Figaro: mmm je doute que ces enfants vivant complètement baigné dans ce catholicisme et complètement dépendant affectivement et intellectuellement des nonnes aient la capacité et la liberté de pensée de prendre cela au 10ème degrés.
    Quand on leur dit que tel ou tel truc est péché mortel, elles le croient et seules certaines remettent en cause cela.
    Enfin bon pares oui cela est bon outilepédagogique mais le pb c’est que clairement la nonne avait l’intention de l’utilité comme outil de haine pour dénoncer ces pervers !!
    Merci pour le soutient 🙂

    Merci a tous pour ce débat…
    (ouf, je crois que j’ai jamais fait une réponse aussi longue)

    Allez et puis parce que vendredi c’est permis
    Bisous du Mexique pour tous ! 😉


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