Publié par : Sarita | mars 11, 2008

La petite voleuse


Contrairement à ce que montre mes derniers post, je ne suis pas en vacances ici…

non, non, je travaille et je suis quand même toute la semaine à l’hôpital.N’oublions tout de même pas que je suis fraîchement diplômée d’un M2 SM (ndlr: science médicale pour les nouveaux…)

Là où cela devient plus délicat, c’est lorsque l’on me demande ce que je fais exactement dans cet hôpital. J’ai envie de de te dire (et d’ailleurs je vais te le dire) que je fais tout, rien et surtout n’importe quoi (cela n’ayant pas grand chose à voir avec ce que je pouvais faire en france…)

Pourquoi? Parce que cet hôpital, c’est du grand n’importe quoi.
Parce que c’est un hôpital public et cela implique immédiatement qu’on manque de tout.

Vous me direz qu’en France, non plus, il n’y a pas assez de moyens dans les hôpitaux… et que les internes, les urgentistes, les médecins, bref tout le monde se plaint et fait la grève.

Il n’empêche que ce n’est pas du tout la même chose. En France on manque de moyens, ici on manque de tout et surtout de l’essentiel.
Un exemple à tout hasard: des médicaments, le genre de truc qui serre un peu dans un hôpital régional avec toute les spécialités, le seul de tout l’état.

Ici la gestion du stock de médicaments donnerait des sueurs froides à n’importe quel administratif hospitalier.

Genre le comptable, il nous ferait une syncope et le directeur un infarctus.

Et les patients…

Les patients ils feraient comme toujours… attendre ou mourir (ou les deux).

L’activité de l’hôpital étant intiment lié au stock de médicaments, toute activité peut être suspendue.
Alors commence l’attente… l’interminable attente….
Pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître les hôpitaux, on attend beaucoup (et à la folie).
La conséquence directe et la plus dingue de cette pénurie chronique de médicaments est que chaque service doit composer avec la gestion délicate et complètement irrationelle du stock de médicaments.


Au service d’anesthésie, dans le bureau du Chef de service, on entrepose joyeusement les produits anesthésiques, un défibrillateur et un moniteur se balade aussi dans le coin et les tiroirs sont remplis de petits flacons diverses et variés répondant aux doux nom de Fentanil ou Propofol.

Autant vous dire qu’on s’éclate.

Le matin c’est la distribution des bonbons. Les anesthésistes viennent et demandent leur petite dose pour les différentes chirurgies de la journée: Ensuite, on programme les chirurgies du lendemain (bon je vous en parlerai plus tard, la programmation c’est tout un poème aussi).

Le plus drôle c’est que les médicaments se volatilisent plus vite que les promesses de Sarkozy.

Par un grand miracle permanent, il vous suffit de sortir 5 minutes du bureau pour aller voir les infirmières d’à coté et lorsque vous revenez, on a retourné les caisses de médicaments pour vous piquer quelques flacons !!

Qui vole honteusement les médicaments?

les patients? hum…

Mais que nenni ma bonne dame, vous êtes bien naïfs les enfants. Ils s’agit bien évidemment des médecins des autres services.

Parce que la vie est plus fun et que les médecins ont besoin d’adrénaline donc ils kiffent plus leur opération si ils ont volé les produits anesthésiques…

Non mais sans blague…

C’est simple, comme l’hôpital manque de tout, c’est chacun pour sa gueule ou chacun pour les patients de son service.
Et moi, je me retrouve la dedans, à faire des expéditions secrètes pour récupérer les médicaments que le service de gynéco nous a honteusement volé.

Je ne vous cache pas que l’on touche tout de même le comble de l’absurde lorsque vous vous retrouvez a faire le guet pour voler les anti-douleur du service de pédiatrie afin de les donner au service de soins palliatif.

Les enfants auront mal mais c’est pour le bien des cancéreux en phase terminale.

cherchez l’erreur…
De toute manière, ici c’est un hôpital où l’on se plaint pas. C’est un hôpital où l’on souffre et en silence s’il vous plais.

C’est un hôpital où tu attends car parfois tu ne peux pas être opérer. Simplement, parce qu’il n’y a plus de fils de suture…
Un matin, vous arrivez et on vous apprend que la pharmacie centrale a essayé de faire des économie en achetant le pire fil de suture existant sur terre. Un fil de suture qui a la particularité de ne pas pouvoir suturer car il se désintègre au moindre contact.

On est bien d’accord, c’est pas la chose la plus pratique qui soit pour refermer un patient

T’imagine le spectacle: Désolé mais votre intestin, il va un peu prendre l’air car le fil de suture a la consistance du cerveau d’une huitre mazoutée.
hum…

Et quand il n’y a enfin de la suture, il n’y plus de médicaments.
Parfois même il n’y a plus d’électricité et les générateurs de secours ne marchent évidemment pas.

Là tu commences vraiment à comprendre ce qu’est un hôpital du 1/3 monde.

Et durant la coupure d’électricité, t’en profite pour aller piquer les médoc des soins palliatifs parce qu’un pédiatre te supplie de lui filer deux boites de doliprane…

Je crois que le principal est de ne surtout chercher aucun logique à tout ça.

Il n’y a pas.

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Responses

  1. ah zut, suis sensée faire un commentaire INTELLIGENT ? Bon, je retourne réfléchir, alors… Mais déjà,
    merci de ta visite, ton vote… et cet article très chouette. Mexique : le but du monde, dirait-on. quoique…

    vérole from epidémik 8

  2. Fatch ! On a intérêt à pas se péter le poignet pendant ses vacances, au Mexique, on dirait…

  3. Waou. ca fait peur. Bon courage louloute et reste zen avec les divers services…

  4. //Isabelle: merci de ta visite..c’est pas tout les jour qu’on a des stars sur son blog 🙂

    //Boo: ouais c’est sur, mais en même nous ont ira pas à l’hôpital public du coin, c’est notre chance 🙂

    //Miss Danilo: je suis zen, je suis zen, je suis zennnnnnnnn
    ^^

  5. He bé… bon ben ton article m’a bien fait rigoler, mais plus par la plume que par le fond.

    J’ai pu « tester » les hopitaux en Amerique du sud (Brésil, pas le Mexique, mais tu ne vas pas me faire un fromage), et bien qu’à moitié inconsciente, j’ai bien compris qu’en tant qu' »européen » on avait droit à une service ultra dilligent!
    Même qu’ils voulaient me shooter pour soulager la douleur… je revoie encore les deux seringues. Ca va pas la tête?
    1. j’ai la phobie des aiguilles,
    2. je ne comprenais rien, donc je ne savais pas ce qu’il y avait dedans (ben oui, mon portuguais en situation extrème… heu comment dire… on parle très bien avec les mains! Même qu’ils ont essayé de me faire comprendre que mon crâne n’était pas cassé, qu’il était entier… encore heureux non? Mais bon traumatisme crânien, c’est délicat à traduire avec 10 doigts, je vous l’accorde).

    Mais c’était super mignon, parce que non européen, je ne les aurai jamais vu ces seringues la. Et je n’aurai pas forcément été soignée aussi vite.

    C’est moche quand même hein.

    Bon courage ma grande, on va te canoniser à ton retour, t’as vraiment pas choisi la voie de la facilité, j’admire.
    On pense bien à toi!

  6. Il existe vraiment des situations aberrantes et on ne s’en rend même pas compte !

  7. Et ben… mais toi dans tout ca tu ne te retrouves pas à exercer dans un rayon plus large que ce pour quoi tu es embauchée ou prendre des responsabilités autres que celles qui t’incombent?

  8. Hé bé ! Ca donne une bonne idée des différences des modes de vie

  9. ça remet les pendules à l’heure !!
    bisous

  10. ….

    Moi qui me plaignait que y’avait pu de PQ, parce que ma coloc a oublié d’en acheter, et que j’ai été obligé d’utiliser du sopalin, et que je me suis dit que j’étais malheureuse.
    Bon.
    Bisous ma belle

  11. //Babycakes: forcement le barage de la langue et puis le lnagage du corp qund on est malade c un eu limité 🙂 Mais tu as survecu (et c’était pas gagné d’avance!!)
    Je veux bien étre canonisé mais alors de mon vivant et puis on fait une grande féte avec plein de bieres et de zombies ca te vas?

    (le plus long com méritait bien la plus longue réponse)

    //fressine: -sight- a qui le dis tu !!

    //Luria: mon róle n’étant pas précisemment défini… je peux faire un peu ce que je veux (dans les limites de mes compétences, je ne suis pas médecin!!) apres c’est a moi de voir et fixer mes propres limites…

    //Claire: c’est le but du post 🙂

    //Lili: pendule a l’heure…. mexicaine :))

    //Laeti: ouais t’es trop malheureuse… bon on se tel qund ma connasse, j’ai envie d’entendre ta voix !!

  12. Est-ce qu’au moins tu as essayé de choper de la biafine ? Parce que ça, c’est ni les patients des soins palliatifs ni ton ami aux intestins qui prennent l’air qui en auront besoin ! Enfin bref, ça fait quand même un peu flipper… J’ai deux amis qui sont au Chili en ce moment, si les hôpitaux ont la même organisation, j’espère qu’ils ne vont pas faire une appendicite aigüe…

  13. Ben, bien sûre de ton vivant, c’était ça l’idée ^^

    Occulus, t’inquiète pas pour tes amis, on est nantis de ce côté de l’océan, y’a un truc qui s’appelle « l’assistance » qui dépanne quand on voyage. Et même que souvent on ne sait même pas qu’on en a une ^^

  14. Pitain mais c’est la jungle :/

  15. //Oculus Manus: T’inquiète, comme dis babycakes, l’assistance est une truc merveilleux et en plus… les hopitaux au chili sont quand même vachement mieux équipé (bon en même temps j’ai testé la médecine privée :p)

    //Babycakes: on est bien d’accord alors 🙂

    //Celinette: ouais, c’est vraiment fight for life !!

  16. super témoignage et de toute façon faut faire avec les moyens du bord, pas le temps de se plaindre ! On avance ! allez hop !

    Bravo sarita, jolie tranche de vie


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