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le blog qui a la cirrhose joyeuse

Guadalupe de Jésus avril 14, 2008

Classé dans : hospital regional — Sarita @ 8:46

Hospital Regional, Banco del sangre

Pour nous français, le don du sang, par définition est un don; un acte gratuit que l’on fait car on a été sensibilisé à le faire, car on a des campagne d’information, car on nous gave au info de 13h sur la pénurie de sang, de plaquettes.

Ici, ils ont résolu le problème en rendant le don du sang obligatoire. Quand un membre de la famille se fait opérer, il doit impérativement fournir deux donneurs sans quoi, en cas de problème durant l’opération, la banque du sang refusera de fournir X unité de sang.

Si le patient est opérer en urgence, il faudra rétroactivement “rembourser” la banque du sang en proposant un ou des donneurs sous peine de se voir refuser les soins.

Oui, vous avez bien lu: REFUS DE SOINS.

Et non, il n’y a que de la logique rationnelle là dedans. Pour recevoir du sang, il faut en donner. La logique parfaite d’une banque où on ne prête rien gratuitement.

Dans le cas du service de gynéco, cette réquisition médicale est plus qu’essentielle concernant les césariennes. Et une des tâche du service est donc de passer quotidiennement voir les patientes venant de subir une césarienne ou qui vont en avoir une, pour demander la preuve de la donation de sang.

C’est ma première journée, mon premier tout à l’étage.

30 lits, 30 mères ou futures mères, des pleurs de bébés dans tous les recoins. Je suis docilement la secrétaire du service qui décide d’autorité de me charger des demandes auprès des patientes pour que je puisse le faire seule ensuite.

Elle m’explique froidement que je dois être très claire avec les patientes et leur famille car il y a régulièrement des cas de décès de mères qui n’ayant pas fourni de donneur meurt durant l’accouchement, la banque refusant de fournir du sang.

Mon éducation et ma formation de juriste en droit médical en prennent un sacré coup dans la gueule. Clairement, je ne me sens pas super à l’aise. Le concept de donnant -donnant me révulse et je panique vaguement à l’idée de me retrouver dans une situation où la patiente ira au bloc sans avoir trouver de donneur.

Et puis il y a elle.

Guadalupe de Jésus, 16 ans qui vient de donner naissance à son premier bébé. Elle est allongée, torse nue, elle donne le sein au petit, qui a à peine 3 heures. Elle a un visage d’enfant, des yeux en amande, immenses entourés d’une véritable cascades de cheveux noirs, lisses, brillants.

Des mèches folles collées aux tempes, sa peau luisante de sueur, d’une couleur café absolument splendide. Je suis littéralement abasourdie par sa beauté, je ne peux détaché mon regard de ce corps alangui dans la chaleur suffocante de la pièce. A cet instant je pense aux artistes qui se danerai pour peindre une si belle enfant.

La secrétaire me pousse du coude, je m’approche d’elle, j’ai les mains qui tremblent. Je commence mon explication avec la voix chevrotante.

Elle me regarde avec ses yeux immenses

Je continue tant bien que mal, je sens que je ne suis pas claire, que je fais plein de fautes

Ell est si jeune, je me sens atrocement mal d’avoir à lui demander “son donneur”.

Elle me regarde toujours, à peine un battement de cil

Je jette un regard désespéré en direction de la secrétaire, qui s’occupe d’une autre patiente et qui ne fait absoluement pas attention à moi.

Je ne sais plus que faire, alors je lui souris et je la regarde allaiter consciencieusement son bébé.

Je recommance à parler mais elle ne me comprend pas, ses yeux s’agrandissent de plus en plus, je sens qu’elle sort de sa torpeur car elle commence à avoir peur.

Elle ne parle pas espangol, juste son dialecte. Pendant quelques secondes, je suis en complète osmose avec elle, je sens sa peur de l’inconnu, son incompréhension du monde qui l’entoure.

Pendant un instant, nous sommes deux petites filles perdues dans une immensité.

Elle est dépassée par les événements et moi aussi.

Je me sens terriblement inutile et impuissante.

Dans un lent mouvement plein de grâce, elle me tend sa main libre, je la sert doucement et dans cette tentative de communication, nous restons sans bouger à regarder le bébé qui tète paisiblement.

Les hommes ne semblent plus pouvoir rien faire pour nous alors je me surprend à prier pour qu’elle n’ai aucune complication, aucun problème qui nécessiterait de demander une pauvre unité de sang à cette maudite banque et à ce système horrible.

Je prie de toute mes forces un Dieu auquel j’ai tant de mal à croire et je comprend mieux alors que parfois il n’y a rien à faire d’autre que croire… croire en la beauté du monde et aux hasards heureux.

Mon Dieu, protégez Guadalupe de Jésus, car avec un tel nom, elle mérite bien un peu de protection.

Face à l’inutilité des mots, je lui caresse doucement le front. Elle ferme alors les yeux et tout son corps se relâche. Elle sert un peu plus fort son bébé, se recroqueville en position foetal.

Une mère et son enfant

Deux enfants

Le centre du monde.

 

 

La prochaine fois, tu m’écouteras mars 24, 2008

Classé dans : hospital regional — Sarita @ 6:44

C’est la Semaine Sainte, donc tout le monde est en vacances… soit pour aller à toutes les messes qui jalonnent la semaine (+de 50 ans) soit pour aller profiter des plages…

et moi?

ni l’un ni l’autre. Je préfère rester à l’hôpital. Mais vu qu’il n’y personne, je suis plus où moins seule fidèle au poste dans le service administratif d’anesthésiologie avec la sous chef la Doctora Castro.

Mais à ce moment précis, je suis toute seule en train de me battre (et de me débattre) avec un interne sur la programmation de la semaine suivante, en tentant de lui expliquer que non! son patient ne sera pas opérer car il n’y a plus de place et que si il ne se prenait pas au dernier moment, on ne serait pas en train de perdre notre temps dans cette discussion stérile.

ne dite rien, je sais, je m’améliore niveau diplomatie…

Au moment où je viens enfin de réussir à faire déguerpir l’interne, arrive un autre interne boulet (ho que je l’ai hait à ce moment).

Il est 12:08

(12:09)

l’interne: c’est très très urgent, on est en pleine chirurgie pédiatrique avec le Dr Bidule et on a besoin d’oxujqsfkefubzfubo

moi: heu… de quoi?

l’interne: d’oxujqsfkefubzfubo

(12:12): ok, ça commence très mal, surtout si c’est une urgence

(12:13): De toute manière tous les tiroirs sont fermés à clef alors je pars à la recherche de la Dra Castro

(12:17): je me fais alpaguer aux Urgences par un médecin qui a besoin de fentanil (ndlr: un truc pour que le patient la boucle pendant qu’on lui ouvre le bide) pour une opération urgente !

(12:20): retour au service d’anesthésie pour le fameux fentanil

(12:21): il n’y a plus de fentanil

(12:22): c’est quoi cet hôpital de merdeeeeeeeeeeee

(12:25): négociation devant les salles de chirurgies pour qu’un des anesthésiste nous donne du fentanil

(12:26): les deux médecins argumentent et se donnent des nouvelles de leurs familles -sight-

(12:27): qu’est-ce-que je cherches déjà?

(12:38): j’ai enfin trouvé la Dra Castro

(12:40): en fait, l’interne il veut le machin qu’on met sur le doigt du patient et qui est accroché au moniteur

(12:41): hourra j’ai la clef du tiroir où se trouve le moniteur

(12:50): re bureau, l’interne est limite en train de dormir

(12:52): je lui file son câble en lui demandant quand même s’il ne veut pas TOUT le moniteur

(12:53): non, il ne veut pas de TOUT le moniteur, il veut juste le machin-qu-on-met…

(13:12): retour de l’interne qui veut tout le moniteur

(13:12): je me marre et l’interne n’a aucun sens de l’humour

(13:13): il prend le moniteur. Il y a un câble noir aussi, mais il le laisse

(13:14): je lui propose, dans le doute, de prendre quand même ce p***** de câble noir

(13:15): il hausse les épaules et me jette un regard méprisant

(13:16): connard

(13:22): re retour de l’interne qui me demande le câble noir

(13:23): re connard et la prochaine fois, tu m’écouteras !!

heureusement que c’était une urgence

 

La petite voleuse mars 11, 2008

Classé dans : hospital regional — Sarita @ 6:53


Contrairement à ce que montre mes derniers post, je ne suis pas en vacances ici…

non, non, je travaille et je suis quand même toute la semaine à l’hôpital.N’oublions tout de même pas que je suis fraîchement diplômée d’un M2 SM (ndlr: science médicale pour les nouveaux…)

Là où cela devient plus délicat, c’est lorsque l’on me demande ce que je fais exactement dans cet hôpital. J’ai envie de de te dire (et d’ailleurs je vais te le dire) que je fais tout, rien et surtout n’importe quoi (cela n’ayant pas grand chose à voir avec ce que je pouvais faire en france…)

Pourquoi? Parce que cet hôpital, c’est du grand n’importe quoi.
Parce que c’est un hôpital public et cela implique immédiatement qu’on manque de tout.

Vous me direz qu’en France, non plus, il n’y a pas assez de moyens dans les hôpitaux… et que les internes, les urgentistes, les médecins, bref tout le monde se plaint et fait la grève.

Il n’empêche que ce n’est pas du tout la même chose. En France on manque de moyens, ici on manque de tout et surtout de l’essentiel.
Un exemple à tout hasard: des médicaments, le genre de truc qui serre un peu dans un hôpital régional avec toute les spécialités, le seul de tout l’état.

Ici la gestion du stock de médicaments donnerait des sueurs froides à n’importe quel administratif hospitalier.

Genre le comptable, il nous ferait une syncope et le directeur un infarctus.

Et les patients…

Les patients ils feraient comme toujours… attendre ou mourir (ou les deux).

L’activité de l’hôpital étant intiment lié au stock de médicaments, toute activité peut être suspendue.
Alors commence l’attente… l’interminable attente….
Pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître les hôpitaux, on attend beaucoup (et à la folie).
La conséquence directe et la plus dingue de cette pénurie chronique de médicaments est que chaque service doit composer avec la gestion délicate et complètement irrationelle du stock de médicaments.


Au service d’anesthésie, dans le bureau du Chef de service, on entrepose joyeusement les produits anesthésiques, un défibrillateur et un moniteur se balade aussi dans le coin et les tiroirs sont remplis de petits flacons diverses et variés répondant aux doux nom de Fentanil ou Propofol.

Autant vous dire qu’on s’éclate.

Le matin c’est la distribution des bonbons. Les anesthésistes viennent et demandent leur petite dose pour les différentes chirurgies de la journée: Ensuite, on programme les chirurgies du lendemain (bon je vous en parlerai plus tard, la programmation c’est tout un poème aussi).

Le plus drôle c’est que les médicaments se volatilisent plus vite que les promesses de Sarkozy.

Par un grand miracle permanent, il vous suffit de sortir 5 minutes du bureau pour aller voir les infirmières d’à coté et lorsque vous revenez, on a retourné les caisses de médicaments pour vous piquer quelques flacons !!

Qui vole honteusement les médicaments?

les patients? hum…

Mais que nenni ma bonne dame, vous êtes bien naïfs les enfants. Ils s’agit bien évidemment des médecins des autres services.

Parce que la vie est plus fun et que les médecins ont besoin d’adrénaline donc ils kiffent plus leur opération si ils ont volé les produits anesthésiques…

Non mais sans blague…

C’est simple, comme l’hôpital manque de tout, c’est chacun pour sa gueule ou chacun pour les patients de son service.
Et moi, je me retrouve la dedans, à faire des expéditions secrètes pour récupérer les médicaments que le service de gynéco nous a honteusement volé.

Je ne vous cache pas que l’on touche tout de même le comble de l’absurde lorsque vous vous retrouvez a faire le guet pour voler les anti-douleur du service de pédiatrie afin de les donner au service de soins palliatif.

Les enfants auront mal mais c’est pour le bien des cancéreux en phase terminale.

cherchez l’erreur…
De toute manière, ici c’est un hôpital où l’on se plaint pas. C’est un hôpital où l’on souffre et en silence s’il vous plais.

C’est un hôpital où tu attends car parfois tu ne peux pas être opérer. Simplement, parce qu’il n’y a plus de fils de suture…
Un matin, vous arrivez et on vous apprend que la pharmacie centrale a essayé de faire des économie en achetant le pire fil de suture existant sur terre. Un fil de suture qui a la particularité de ne pas pouvoir suturer car il se désintègre au moindre contact.

On est bien d’accord, c’est pas la chose la plus pratique qui soit pour refermer un patient

T’imagine le spectacle: Désolé mais votre intestin, il va un peu prendre l’air car le fil de suture a la consistance du cerveau d’une huitre mazoutée.
hum…

Et quand il n’y a enfin de la suture, il n’y plus de médicaments.
Parfois même il n’y a plus d’électricité et les générateurs de secours ne marchent évidemment pas.

Là tu commences vraiment à comprendre ce qu’est un hôpital du 1/3 monde.

Et durant la coupure d’électricité, t’en profite pour aller piquer les médoc des soins palliatifs parce qu’un pédiatre te supplie de lui filer deux boites de doliprane…

Je crois que le principal est de ne surtout chercher aucun logique à tout ça.

Il n’y a pas.