Anatomie de l’invisible février 4, 2008
Lorsqu’on est enfin apprivoisé par notre environnement… l’abandon du touriste qui est en nous ne peut passer que par une seule chose, la routine. Cette routine si souvent synonyme d’ennui, de paresse, de petitesse, de médiocrité. En effet, traditionnellement, ceux qui combatte la routine sont les vainqueurs, les glorieux guerriers du quotidien, les nouveaux aventuriers qui pourfendent nos mesquines et rassurantes habitudes.
Mais en terre étrangère, l’adaptation passe par la création d’une routine: un travail, les transports, les repas, les lieux familiers… Cette routine est notre protection, c’est une ouate qui nous isole des coups durs et des petits désagréments.
Le touriste aspire au changement constant de décors, d’odeurs, de saveurs, de gens… il en veut toujours plus. C’est un chien en chasse du meilleur point de vue, du plus beau belvédère.
Celui qui reste veut un même décor, des gens de confiance, veut pouvoir se repérer dans son espace, veut faire son trou.
Celui qui reste veut être libre de ses mouvements et de son temps… pouvoir ne pas sortir, ni s’arrêter devant le lieu touristique.
Celui qui reste n’a pas de sac à dos, il a un téléphone portable du pays.
Celui qui reste peut arpenter la route poussiéreuse et voir les camions colorés avec indifférence.
Mais c’est alors que celui qui reste veut parfois redevenir touriste, redevenir celui qui a toujours le regard sur la prochaine destination, celui qui a toujours un billet de train, de bus, d’avion dans la poche.
Celui qui reste aimerait bien parfois être celui qui va découvrir un nouveau soleil, un nouvel horizon, un nouveau lit et des nouveaux sourire.
En tant que volontaire, je suis celui qui reste.
Depuis deux semaines, je construis ma routine à Tuxtla, je creuse ma route dans la chaleur des bus et dans les méandres bureaucratiques: mon projet, mon compte en banque, mon visa de travail…
Pourtant, comment ne pas vouloir aussi être celui qui part, le touriste sur la route. Non je ne suis pas en vacances ici, j’ai des contraintes d’engagement, je n’ai “que” 4 semaines de vacances à prendre d’ici décembre…
je ne verrais sûrement pas toutes les plus belles plages du Mexique,
je n’irais probablement pas jusqu’à la frontière américaine.
dans l’hôpital où je vais travailler,j’aurais la frustration de perdre la beauté d’un voyage,
j’aurais le bonheur de connaître l’invisible,
l’invisible qui ne se découvre que si l’on est celui qui reste.