Parfois, il faut juste une serviette en papier pour rétablir l’ordre juste des mérites.
Nous sommes dans mon bar préféré de Tuxtla, avec une amie mexicaine et un autre volontaire gringo.
Mon serveur préféré vient me saluer et me demande ce que je fais encore ici. Je lui répond que cet endroit me plait car il y a de la bonne musique, ma bière préféré y est bon marché et les serveurs y sont fort mignons.
Il faut dire que mon serveur préféré a une véritable gueule d’ange et il a de ces sourires enjôleurs qui vous donne envie de coquetear.
Alors que nous buvons joyeusement, un vendeur de rose passe dans la bar. Je n’y prête pas attention car c’est pas trop le genre du gringo d’offrir des fleurs.
C’est alors que Gueule d’ange arrive à notre table et m’offre, ainsi qu’à ma copine, une rose à chacune.
C’est parfait, c’est agréable, c’est fait de manière subtil et légère. C’est un enchantement de recevoir cette rose, de se laisser porter par le parfum de la fleur et par l’alcool qui vous monte à la tête, d’entendre le ronronnement rassurant de la conversation, de répondre aux sourires, d’être bercé par les rires, de chanter tous les classiques…
La perfection n’étant pas de ce monde, nous rejoignent d’autre amis, accompagné d’un nouveau venu: un mexicain tout ce qu’il y a de plus arrogant, qui me montre ses vidéos avec son arme de sécurité. Le lourd dans toute sa splendeur. Il a travaillé comme serveur dans ce bar alors il est “super pote” avec Gueule d’ange. Mais Gros Lourd à besoin d’affirmer sa mâle attitude, son territoire, il jette un regard de satisfaction sur notre sa table avec toutes ces étrangères si valorisantes…
Gros lourd me drague de la pire manière et, remarquant ma rose, décide immédiatement de m’en offrir 5 !!
Alors moi j’aime les fleurs, mais j’aime surtout la manière dont on me les offre. Gros Lourd ne m’offre pas de roses, il marque son territoire, comme un vulgaire chien pissant sur un réverbère. Je ne suis qu’un trophée et ses roses me dégoutent et surtout…
Gueule d’ange fait la gueule
Gueule d’ange ne répond plus aux blagues de son “pote” Gros Lourd
Gueule d’ange ne me sourit plus
Alors dans un sursaut de rébellion, je prend ma chaise et je me déplace à l’autre bout de la table, à l’exacte opposé de Gros Lourd.
Le sourire que m’adresse Gueule d’ange en observant mon petit manège vaut toutes les récompenses.
Je me fais la promesse à moi même de dire directement à Gueule d’ange que les roses de Gros Lourd n’ont aucune importance. Mais au moment de partir, O rage O désespoir O vieillesse ennemie , Gueule d’ange est partit je ne sais où.
Je refuse de partir et de laisse croire que Gros Lourd a gagné avec ses 5 roses. Je cours au bar et sur une serviette en papier, j’écris:
“Merci Gueule d’ange, tu m’as offert ma première rose mexicaine… et les 1ères sont toujours les plus belles. Les suivantes n’ont que peu d’importance. A bientôt. Sarita”
Le barman comprend tout de suite à qui il doit remettre la serviette.
Pendant quelques secondes j’ai pensé mettre mon numéro de téléphone aussi. Mais non, cela aurait détruit le charme de la douce séduction. Je préfère cet état incertain de tous les possibles, la trivialité de la vraie rencontre viendra bien assez vite. Et puis le but premier était de rétablir un peu de justice dans ce monde. J’ai la satisfaction d’ignorer Gros Lourd et Gueule d’ange aura l’excitation de la victoire.
Nous sommes sur le chemin du retour et Gringo, qui dort chez moi, me lance en blaguant:
“Deux hommes ont essayé de te séduire ce soir et tu rentres avec le seul qui ne t’a pas offert de rose.
T’es vraiment pas douée comme fille”
En même temps, il est indéniable que mon choix concernant les hommes a rarement été judicieux.